Il ne supporttait pas que quiconque le voit affaibli, que quiconque s'occupe de lui. Sauf son frère. D'une patience hors du commun quand il s'agissait de son jumeau, Tom montait et descendait trente fois par jour de l'étage à la cuisine, pour rapporter les médicaments, les bouillons qu'ils lui préparait lui même -sa mère mettait trop de sel-, lui lisait un bouquin quand il avait les yeux trop fatigués pour le faire lui même...
3 . die Karte von Amors Königreich
Il enfila un boxer noir, un jean, qui, effectivement, tombait un peu trop bas sur ses hanches, il devait avoir encore perdu deux ou trois kilos, un t shirt à manches longues noir et gris. Il s'installa pour écrire, alluma son ordinateur et mit de la musique en bruit de fond. Best Of Led Zeppelin.Son jumeau, qui mettait pas mal de temps à entretenir ses dreadlocks dont il était si fier, mettait un peu plus de temps que lui au sortir de la douche. Il se concentra sur son travail.
Quand Tom entra dans leur chambre, Bill était assis à son bureau, un calepin à spirales sous le nez, regardant fixement un point invisible sur le mur, suçotant rêveusement le bout de son crayon (°je veux être un crayon, je veux être un crayon!!!!°).Le dreadeux lui jeta un coup d'oeil anodin, qui pourtant bouleversa le cours des choses. Il l'observait sans que son jumeau le sache. L'épiait, comme un voyeur.
Et, pour la toute première fois de sa vie, sans comprendre comment ni pourquoi, Tom ne trouva pas son frère mignon, ou attendrissant. Il le trouva beau. Tout simplement beau. Et très attirant. Etaient ce ses cheveux noirs, encore luisants de quelques gouttes d'eau, coiffés au pétard à mèche? Son profil, si bien dessiné, qu'il conaissait pourtant par coeur? La façon nonchalente dont il s'était assis, battant une mesure imaginaire en cognant ses genoux l'un contre l'autre?Ses yeux, qu'il avait cernés de khôl noir et de mascara, comme tous les jours depuis deux ans?
Non.
Et quand il se rendit compte de ce qu'il regardait exactement, il paniqua.
Le Crayon.La gomme a moitié mâchonnée qui rentrait et sortait de la bouche de son frère.Ses lèvres pleines, sensuelles, qui bougeaient lentement autour du bois, et sa langue, qu'il laissait parfois darder sur la gomme, jouant avec son piercing.
Il regardait la bouche de son jumeau et s'effraya de trouver son attitude si équivoque, si sensuelle.
Et sans qu'il puisse y faire quoi que ce oit, il imagina la bouche de son frère glisser sur autre chose que le crayon. L'imagina dans ses bras, avec ce sourire qu'il n'avait qu'avec lui,rayonnant. S'imagina l'embrasser,le caresser...et même...ooh I wanna be inside of you...(°Down In A Hole, super chanson de Alice in Chain°)
NON.Il ne pouvait pas penser çà!
Ok. Inspire.Expire. T'es juste en manque, Tom. Maman n'est pas partie depuis presque un mois et tu ne t'es tapé que des filles. Donc tu as besoin de te faire un mec. Jusque là tout va bien. Cà ne veux rien dire d'autre.Agis normalement, habille toi, et prépare la bouffe. Et après, t'apellera Loïc. Ou Callan.Ton frère est très mignon et t'es en manque.T'as juste oublié une minute que c'était ton jumeau. Et tu le refera plus. Il inspira un grand coup, secoua la tête comme pour en chasser l'image particulièrement dégradante pour son frère qui s'y était installée.Ne. Pas. Penser.A. Bill. En tout cas, pas comme çà.
Il rentra dans la pièce, sortit sans un mot un pantalon de son placard, le jeta sur le lit, y envoya un t shirt. Passa à côté de son jumeau pour prendre un boxer dans son tiroir.
"Cà va, Tom?"
"Hein? Oui, oui..." Il s'habilla rapidement.
Trouver quelquechose, vite.
"Je me demandais juste si il restait...des lardons. Pour les tagliatelles."
Bill éclata de rire, devoilant ses dents blanches.Il avait vraiment une gueule d'ange, quand il riait comme çà, à gorge déployée.
"Bah si y'en a plus, j'irais en chercher...c'est pas un drame!"
"Oui..."
"Et puis Maman à dû faire le plein avant de partir, comme toujours."
"C'est vrai."
"Alors pourquoi tu fais cette tête?"*sourire colgate charmeur*
"T'écris une nouvelle chanson?", demanda Tom pour changer de sujet.
"J'essaye. J'arrive pas à trouver les mots exacts.", soupira le chanteur, dans une pose très "artiste en plein travail".
"A quel sujet?" Gott Im Himmel. Il est pas seulement beau. Il est craquant! Heureusement, son frère ne sembla pas remarquer sa voix étranglée par la boule qui venait de monter dans sa gorge. Il tourna une page de son calepin, couverte de mots lâchés dans tous les sens,les pointa du bout du crayon.
"Je pense ritournelle médiavale.Ballade.Refrain lent, guitare sèche, ou une viele,et tambour à timbre. Peut être une flûte traversière, des contrechants et des choeurs."
"Si j'ai pas le sujet, je peux pas t'aider, Schnecke."Il lui poussa l'épaule, mais sa voix sonnait faux à ses propres oreilles. Bill avait repris le suçotement de son crayon, inconscient de l'effet qu'il faisait à son double.Il se balançà sur sa chaise, s'étira, laissant son t shirt se relever et montrer quelques centimètres de peau. Une peau que Tom aurait bien voulu embrasser...Non!Pas bien!Pas embrasser!Vilain Tom!
Bill changea la musique pour lui montrer un exemple, et mit "The Wind That Shakes The Barley", la célèbre ballade irlandaise. Tom écouta les paroles, que son frère fredonnait tout bas, d'une voix grave. Il était touché par cette histoire d'amour gâché. C'était bien de son frère, cette idée! Lui qui était si délicat et un tantinet romanesque...
"Tu te souviens des cours de littérature française?Molière?", reprit Bill.
"Heu...Vaguement." répondit Tom qui pensait à mille choses, mais pas à Molière.
"Le bouquin qu'on a lu. Les Précieuses Ridicules.Ces filles stupides qui sont outrageusement parfaites, language soutenu, la bienséance..." (°genre comment il se la pète avec son ses mots savants, erf!°)
"Vouais." Sujet bien chiant, mais au moins, je pense à autre chose.
"Le sujet, c'est "Das Land der Verliebten"(la "carte de Tendre"c'estun de ses noms Allemands), qu'elles utilisent souvent comme référence."Il poussa un second soupir, tout aussi craquant que le premier. Posa son coude sur la table, appuya sa joue sur sa main , l'air absorbé par des pensées lointaines et absconses.(°genre l'auteure aussi elle se la pète avec ses phrases tordues°)
"Gneuh?"
"T'es vraiment nul. Le pays imaginaire que tu dois traverser, qui montre les différentes étapes de la vie amoureuse."
Les yeux dans le vague. Un sourire énigmatique aux lèvres...Il pense à sa vie amoureuse, se dit Tom avec un pincement au coeur qui l'agaçà. Il tentait désespérément de ne pas prêter attention aux idées qui lui traversaient l'esprit. En vain.
"Tu vois ce que je veux dire?"
"Gneuh?"
"Quel vocabulaire!, se moqua Bill. Regarde."
Il pianota sur son ordinateur, et afficha en grand la "carte de Tendre".
"Tu vois? Tu commence par "Nouvelle Amitié", et t'as deux chemins différents. Un qui mène au Grand Lac d'Indifférence, et un qui mène à Tendre, avant les Terres Inconnues. Pour y parvenir, tu dois suivre le Fleuve Inclination. Je voudrais utiliser çà pour raconter une histoire. Un garçon amoureux qui se trompe de chemin sur la carte, et tombe finalement dans la cité de l'Oubli." Il agrandit l'image, montra les monts rocheux à son frère.
"Un garçon amoureux?"
"Vui.Mais qui ne parvient pas à exprimer son amour de la bonne façon, qui détruit la personne qu'il aime au lieu de la chérir."
"C'est triste, ton truc.", observa Tom, s'efforçant de ne pas penser à ce à quoi il pensait un peu plus tôt.
"Oui, mais avant,je voudrais qu'il traverse un peu le pays, qu'il connaisse "Tendresse", "Sincérité", "Petits Soins", voir qu'il fasse un crochet par la montagne de l'Orgueil. Mais j'arrive pas à trouver les mots exacts. Qu'est ce que çà peut faire d'être rejeté par la personne que tu aime les plus au monde parce que tu es allé vers "Egoïsme" au lieu de "Grand Coeur"?"
Tom déglutit. C'était une malédiction, cette carte! Elle lui renvoyait en plein dans la figure qu'avec ses mauvaises pensées, il ne risquait qu'une seule chose: perdre son frère. Son frère qui, sans s'en rendre compte, lui racontatit sa propre histoire.Son frère,qu'il aimait tendrement, infiniment, mais pour qui, il venait de s'en rendre compte, il nourissait des désirs oscurs. Et en même temps, c'était peut être sa seule chance de "tâter le terrain", et de voir ce qu'il pensait.
Il s'éclaircit la gorge.
"Heu...j'ai bien une idée, mais tu vas trouver çà bizarre."
"Dis toujours, là j'ai le syndrome de la feuille blanche."
Il stoppa sa respiration quelques instants, et se lançà.
"Imagine que je me comporte mal avec toi. Que je te fasse du mal, volontairement. Que je sois indifférent, égoïste, perfide. Alors que je voudrais ton bonheur, je finirais par te faire du mal,te faire souffrir, tout çà à cause de mon orgueil et de ma fierté. Et je finirais par te perdre. Parce que je me serais trompé sur...la façon de te montrer que je tiens à toi. T'as plus qu'à te mettre a ma place. Et t'as ta chanson."
Bill regarda son frère, les sourcils froncés.
"Tu te sens bien?"
"Oui, pourquoi?"
"Parce que c'est rare que tu dises des choses intelligentes. Même si, évidemment, ce n'est pas exactement pareil, c'est le meilleur moyen de comprendre l'état d'esprit que je cherche."
"Evidemment, c'est pas pareil"
"C'est ce que je viens de dire, Tom"
"Je sais. Je le répète, c'est tout."
"T'es vraiment bizarre." Il replongea le nez sur sa feuille, faisant des gribouillis un moment.Ecrivit soudain quinze lignes d'un coup, sans une seule rature. La vache, il est impresionnant quand il a l'inspiration.
Puis releva la tête, regardant droit devant lui.
"Tu le ferais pas, hein?" Sa voix tremblait. Il se tourna vers le dreadeux, évitant quand même son regard.
"Quoi?" Pourquoi il est au bord des larmes?
"Te tromper de chemin avec moi? Me laisser tomber à Oubli?"
"Mais...Bill, c'est une carte pour les amoureux..."
Noyer le poisson, ne pas en profiter...
"T'as pas répondu! Moi je veux pas que tu sois indifférent! Je veux pas que tu sois mesquin! Je veux que tu sois avec moi, tout le temps, toujours, que tu sois avec moi, que tu sois à moi, et que tu n'aimes que moi!T'es à moi et pour toujours, même si tu veux plus, c'est comme çà!"
"Qu'est ce qui t'arrive à toi aussi? Bien sûr que je t'aime, tu es mon frère!", fit Tom, éludant prudemment le reste des invectives de son jumeau.
"Tu le feras pas?T'as promis de m'aimer toujours."
C'est quoi ce regard?Pourquoi il me regarde comme si je venais de le jeter? Bordel, Bill, arrête...je peux pas résister quand tu me regardes comme çà...comme quand on était mômes (°une journée sans Schmoll (eddy mitchell) est une journée bien molle, nda°), que je te passais tous tes caprices dès que tes yeux s'embuaient de larmes. J'ai jamais supporté de te voir pleurer...T'as toujours su jouer avec çà. T'as toujours su jouer avec moi. A bien y réfléchir, t'as toujours su comment me prendre et obtenir ce que tu voulais de moi...
"Je viens de te le dire."
"Dis le encore."
Putain, mais qu'est ce qu'il a? Je peux pas lui balancer "je t'aime" comme çà, moi! Je peux plus... Maintenant, çà serait....détourné....Voilà qu'il pleure, maintenant! Je peux pas le laisser comme çà! Je peux pas! Merde, Bill, me regarde pas comme çà, je vais repenser à des trucs...
Pour couper court à ses pensées incestueuses avant qu'elles ne reviennent, il fit comme il avait toujours fait quand son frère pleurait. Il le prit dans ses bras, le serra si fort qu'il avait presque peur de le casser en deux, l'embrassa dans les cheveux, essuya ses larmes du pouce.
"Tu sais que je t'aime. Et je te laisserais jamais.Qu'est ce qui t'a prit de dire des trucs pareils?"
"C'est...c'est ta faute!, hoqueta le brun,le visage enfoui dans le t shirt de son jumeau. J'ai écouté ce que tu m'as dit, j'ai imaginé que tu ... tu faisais ce que t'as dit, et q...que je te p...perdais!"
Il pleure parce qu'il a peur...que je ne l'aime plus?Je suis sensé faire quoi, moi????
"Voyons, Schnecke, réfléchis deux secondes. T'es vraiment trop sensible! C'est pour çà que tu pleures? Parce que tu as cru que je t'abandonnerais?Tu devrais pourtant savoir à quel point tu comptes pour moi..."
Il sanglottait toujours.
"Non, je sais pas."
"Ecoute moi, Schnecke, je me jetterais au feu pour toi." Oui...et de toute façon je vais brûler pour toutes les mauvaises pensées que j'ai eues. Brûler pour toi, par amour pour toi...Parce que je t'aime trop... ou pas de la bonne façon...
"Dis le encore..."implora le brun, le nez au niveau du nombril de son jumeau.Inspire...Expire...
"Bill...je crèverais pour toi.Je tuerais pour toi.Je te donnerais mes deux bras, mes deux jambes, mes yeux, tout ce que tu veux."
Et je voudrais tellement, tellement de donner mon corps....Il prit une grande inspiration.
"Tu me demandes de t'aider pour écrire ta chanson, reprit Tom, la voix étranglée, et çà te mets dans cet état. C'était juste un exemple. Et çà ne veux pas dire que çà va arriver... Je pouvais pas te dire de...."Il se mordit la langue pour ne pas continuer sa phrase.
Je pouvais pas lui dire de penser à sa copine, ou à son copain, il en a pas!Je sais même pas si il préfère les filles ou les garçons!Forcément, la seule personne qu'il aime que je connaisse, c'est moi!La question serait de savoir s'il m'ai...Putain je dois arrêter de penser à çà! C'est le festival des hormones en folies, aujourd'hui...
Je peux pas, je dois pas, j'ai PAS LE DROIT d'envisager un truc pareil avec mon jumeau.
Il lui caressait distraitement les cheveux.
Bordel, Bill, voilà que je dois te protèger de moi maintenant...
"Qu'est ce que tu pouvais pas me dire?", demanda Bill, tenant des deux mains le t shirt de son frère, se shootant à son odeur. "Tu sens bon", chuchota t il. Tom fit comme s'il n'avait pas entendu cette dernière phrase.
"Bah,j'avais pas d'autre exemple en tête, vu que tu m'as pas encore présenté ta copine." Ok.On s'en sort pas mal pour le moment.Continues comme çà, Champion, t'es sur la bonne voie!
Une toute petite voix s'éleva de son t shirt.
"J'ai pas de copine..."
Ah.
"Pis je préfère les garçons..."
C'est bien ce que je craignais...
"Mais j'ai pas de copain non plus..."
Aie. Mayday, mayday, venez m'ayday...(°celle là elle est de Reiser!°)
"Parce que y'en a pas un qui...soit comme toi..."
AU SECOURS!
"Y'en a pas un qui s'occuperait de moi comme toi."
S.O.S. please someone help me... (°Rihanna quand tu nous tiens!°)
"Y'en a pas un qui m'aimerait comme toi."
Avis tempête niveau 4, vent force 12...
Il releva ses yeux baignés de larmes vers son jumeau. De grosses coulées noires traînaient sur ses joues. Il regardait son double comme s'il était une bouée de sauvetage au milieu de l'océan,se serra plus fort contre lui.
A peine une seconde. Ce qui en soi était bizarre, vu que d'habitude il pouvait rester des heures comme çà, collé contre son frère, mais sur le coup il ne réagit pas.
"Tom..."
Tom ferma les yeux. Ne pas penser, ne surtout pas penser!
NONNONNONNONNONNONNONNONNONNONNONNONNONNONNON
"Tom...j...je crois que t'as un...un problème."
Voilàààààà
bon, ben Tom commence à avoir des idées etranges envers son ptit Billou. la question est de savoir si il en sera de meme du coté de Bill...la réponse demain soir!
je suis un peu déçue, j'ai pas mal de visites mais un seul commentaire.
donc comme j'ai un égo surdimentionné, si vous voulez lire la suite, je veux et j'exige (!) au moins cinq comm' sur chaque article!
comment je suis trop méchante!
allez, un ptit comm, c'est vite zef et çà fait plaisir!